Les nomades, nos voisins d’hier et aujourd’hui
Le territoire de Dominique est l’univers des gens du voyage de Gironde. Il nous propose un autre regard sur ces voisins d’hier et aujourd’hui que nous croisons au quotidien et que nous ne connaissons souvent qu’à travers des préjugés…
Son crédo « Connaitre l’autre permet de mieux vivre avec « .

Au marché de Montalivet ou Saint Michel, à la fête foraine, au cirque Romanes ou Bouglione, sur un terrain communal, ou lors de bouchons provoqués par les caravanes, nous les rencontrons. Toutes ces personnes sont des nomades. Mais nous ne les connaissons pas, bien au contraire, et les préjugés dominent.
Venus de l’Inde, ces nomades tsiganes sont estimés à 3.600 familles en Gironde, soit 1,2% de la population. Essentiellement des manouches qui parlent le Français et le Romani. Les gitans, eux, sont venus d’Espagne et se sont installés essentiellement à Bacalan ou à St Eulalie.
Ils nous appellent gadjos, payos, « ceux qui ne sont pas nomades ».
Ce qui m’a frappé avec eux, c’est le sens du collectif et de l’entraide au sein du groupe. L’été, ils se réunissent sur des aires de grands passages. Parfois des rassemblements évangélistes regroupent jusqu’à 2.000 personnes mais la presse n’en parle pas. Normal : il ne se passe rien d’anormal.
Les nomades ont un nom pour leur groupe, sorte de surnom, et un prénom et un nom pour la société civile. Nom et prénom qu’ils utilisent peu. L’éducation des enfants est orale, par observation et mimétisme. Les enfants sont envoyés à l’école pour apprendre à lire et à écrire. Leur apprentissage se fait avec le père pour le fils, la mère pour la fille. Les femmes sont chargées de la gestion du quotidien et de la relation avec les administrations et écoles ; les hommes de subvenir aux besoins du ménage et des relations au sein du groupe nomade.
Alors sur les aires d’accueil, on voit surtout des femmes… Soucieuses de la propreté, en lavant tous les jours les sols, les vêtements, etc. Nous passons pour des gens sales quand ils apprennent que nous pouvons faire porter deux jours d’affilée un pantalon par nos enfants.
Les hommes « chinent », c’est-à-dire travaillent. Certains recyclent le métal surtout quand le prix augmente. La CUB vide désormais la ferraille des déchetteries tous les soirs, le paiement est par chèque, ce qui rend l’activité plus difficile. D’autres font du commerce de linge, d’ustensiles de cuisine et autres sur les marchés du bassin l’été. Les même ont un stand sur la fête foraine de Bordeaux. Beaucoup font les vendanges car les familles sont vaillantes. C’est pratique pour les viticulteurs car il suffit de laisser une place pour la caravane avec un point d’eau et électricité, et ils sont logés. Pour certains nomades, les prestations sociales ont la même valeur que le travail ou le jeu : c’est la dépense qui compte car ils n’ont rien pour stocker, ni cave, ni grenier.
Le rapport à la maladie est frappant : quand l’un est malade, tout le monde l’accompagne. Du coup, tout le monde reste dans le hall de l’hôpital pendant l’opération. Je forme des personnels hospitaliers pour leur faire comprendre ce besoin d’être ensemble, et leur montrer comme faire comprendre aux gens du voyage que les règles administratives et les normes de sécurité doivent être respectées.
Avec les nomades, j’ai appris que la négociation orale et l’engagement mutuel – la parole donnée – sont un mode de faire adapté qui permet, dans beaucoup de cas, à ces femmes et hommes, citoyens français aux modes de vie différents de la majorité des citoyens du département, de vivre en harmonie sur nos territoires en respectant les règles de vie collectives, et en étant respectés en tant que nomades.
La vidéo de Dominique Careil
Retrouvez la liste complète de tous nos intervenants sur Speakers 2012 TEDxBordeaux
@Crédit Photo : Stéphane Scotto



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