Relief(s): s’affranchir de la norme pour enrichir les ordinaires…

Nous naissons dans un monde qui nous est donné dans le même état à tous.

Et pourtant, chaque regard que nous portons sur lui est différent.

Comment se construit la norme ? Est ce parce que nous tendons tous à regarder au même endroit, ou bien parce que nous n’osons pas en révéler notre propre version ? Comme dans ce conte qui nous a intrigué, enfants, « Les habits neufs de l’empereur »…

Pour aller d’un point à un autre dans ce monde, nous empruntons des autoroutes, parce que c’est plus simple, c’est plus rapide. Et d’autres les ont construites avant nous, alors les uns derrière les autres, nous avançons. C’est parfois plus facile et confortable de ne pas « dépasser », ne pas être remarqué ; Nous nous croisons, un quart de seconde, nous sommes une masse de passants qui défilent alors que pourtant, chacun, avons une histoire singulière qui fera que ce monde ne sera jamais le même pour ne serait-ce que pour deux personnes différentes.

Et c’est alors que, rassuré de ne pas être pointé du doigt, mais espérant pourtant que nos rêves s’accomplissent, convaincu que notre vision est la bonne, nous regardons le paysage qui défile.

La ligne d’horizon voit se dessiner des montagnes.

Quand soudain la nuit se fait la plus noire possible, l’invisible se révèle : les étoiles, les lucioles, la lune.

La côte, abrupte et angulaire, oblige l’océan à lui cracher l’écume.

Au milieu des ordinaires, plats et linéaires, les reliefs se dessinent.

Nous traversons des rues semblables à toutes les autres, les mêmes pour tous, et pourtant, qui sait que cette femme que j’ai croisée a un jour a sa propre histoire. Qu’elle a tout quitté un jour pour monter un projet de dingue et s’est installée là, au numéro 9, pour tout recommencer à zéro et suivre sa propre voie ? Quelle saveur à cette rue pour cet homme qui la parcoure le sourire aux lèvres, car il repense à ce premier baiser volé au coin d’une porte, au numéro 32 ? Quels reliefs se dessinent dans cet environnement commun à tous, où tant de contraires et de particularités coexistent ?

Nous prend parfois l’envie de nous arrêter sur le bord de l’autoroute, et de demander à quelqu’un :

« Il est comment, ton monde à toi ?

Pourquoi tu fais demi-tour, pourquoi tu marches à reculons?

Pourquoi tu t’en fous de suivre le GPS ? Est-ce que je peux venir avec toi ? »

La norme s’enrichit de ceux qui s’en éloignent. C’est parce que l’ordinaire et les singuliers cohabitent que les pépites se révèlent. La société n’évolue que parce qu’un jour, un atypique s’est arrêté et est venu bouleverser nos propres ordinaires. Tracer un autre itinéraire possible, pointer du doigt la beauté d’un mont qui brise l’horizon, éteindre la lumière pour révéler l’étoile, défricher le chemin de traverse à côté de celui que nous empruntons tous.

Voir, affronter, admirer les reliefs.

Il faut certes du courage pour assumer de ne pas être dans la norme, mais pour les voir, ces gens là, au milieu de la foule, il faut nous aussi interrompre notre marche, et tourner les projeteurs vers ces versions du monde qui ne ressemblent pas tout à fait aux nôtres mais qui ne demandent qu’à le rendre plus beau.

Le relief n’est pas en dehors du paysage: il est son essence même, et l’enrichit.

Les projecteurs sont là. Nous voulons les allumer avec vous.

Et nous arrêter pour prendre le temps d’écouter.

Qui sait où ces chemins nous mènerons…
Moteur : bienvenue au TEDxBordeaux 2016 !